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mollette

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mollette @mollette@mollette.vivaldi.net
· 2mo ago
Ô Rage Ô Désespoir Ô Angoisse ennemie

Hier j’ai parlé de l’anxiété avec quelqu’un, et le seul fait d’en parler a fait monter ma jauge de plusieurs niveaux.

Calme toi ma vieille ennemie, je t’ai bannie à vie, tu essaies de revenir par tous les moyens, par tous les interstices, mais je colmate à mort.

Il y a quelques années, j’ai rencontré l’angoisse et son mode d’expression en deux temps, la latence (douloureuse), et la crise.

Le terrain, mon cerveau, devait être propice, bien accueillant pour cette sale parasite, mais enfin jusqu’ici ça allait normalement.

Les premières crises sont arrivées en fanfare, avec cymbales et vuvuzelas assassines.

La première fois, j’étais en train de remplir mon caddie au supermarché quand mon cerveau m’a crié de m’enfuir en courant, avec tous les signaux du danger de mort et son déchaînement d’hormones, adrénaline, cortisol et compagnie. Je n’ai rien compris, je me suis retrouvée haletante dans le parking, sans raison, sans mon caddie, au bord du malaise.

Puis il y a eu la médiathèque, va savoir pourquoi la médiathèque. Là encore je me suis retrouvée sur un banc dehors, en panique avec nausée et vertiges. J’ai appelé mon mari pour qu’il vienne me chercher. J’ai laissé mes livres à l’intérieur et ma voiture dans son parking.

Puis il y a eu le décollage trop long de l’avion pour le Vietnam : une demie-heure enfermée dans un avion rempli et surchauffé avec une panne de clim, la plus longue demie heure de ma vie et la lutte pour ne pas péter une durite et sortir de force alors que les portes étaient fermées.

J’ai commencé à appréhender d’aller faire les courses, d’aller à la médiathèque, puis rapidement de faire toute activité sortant de l’habitude, aller voir un spectacle, aller chez des gens, aller au restaurant. J’y allais quand même, je n’avais rien identifié au départ, je me réjouissais même, mais quelques heures avant, je commençais à avoir mal au bide, à songer à annuler parce que j’étais malade. Si j’y allais quand même, il fallait bien une vingtaine de minutes pour dépasser le malaise passager, ensuite c’était oublié, il fallait juste tenir les premières 20 minutes. Puis c’est devenu une demie-heure. Puis une heure … Puis j’ai de plus en plus souvent annulé.

J’ai vu un médecin généraliste, il a lancé des analyses, il a cru à une intoxication ou un parasite tropical, à cause des nausées, vertiges et diarrhées. Mais non, tout allait très bien Madame la marquise, «  malaises vagaux, c’est rien du tout, inscrivez vous dans un cours de zumba ».

Il faudrait former certains médecins à la maladie mentale, hein, ça tombe bien, ça fait deux ans que c’est une grande cause nationale, ça a sûrement changé … LOL

Bref, avec tout ça, j’ai enfin compris que j’étais en train de me faire dévorer par l’anxiété, ce dont on parlait assez peu à l’époque.

J’ai été contente de comprendre, c’est moins compliqué quand on peut cadrer un problème dans une forme de logique. A l’époque, je sortais d’un tunnel de plusieurs années à accompagner seule ma petite mère en train de se noyer dans Alzheimer. Ma mère étant morte, au moment où je pouvais reprendre une vie normale, l’anxiété a déferlé. J’ai pensé logiquement que c’était une réaction provisoire, on dit anxiété réactionnelle, du genre mon cerveau qui se dit « ah enfin, trop longtemps que je me retiens, la voie est libre, j’ouvre les vannes ».

Très bien, pourquoi pas.

J’ai compris que les crises se déclenchaient plutôt en situation d’enfermement dans un lieu clos, dans la chaleur, surtout la chaleur soufflante, dans le bruit, dans la foule (Oh la la, toutes ces nouvelles phobies qui ont débarqué, ça se bousculait au portillon).

J’ai donc déployé des stratégies d’évitement, tu sais, comme les personnages de dessins animés qui se contorsionnent pour éviter les balles : Finito les courses en grande surface, les magasins avec du chauffage, le chauffage de la voiture, la coiffeuse avec ses sèches-cheveux, etc etc. J’ai appris à m’asseoir en extrémité de rangée (pour pouvoir m’enfuir en cas d’alerte mortelle, bah oui !).

J’ai tenté de maîtriser ce cerveau tourbillonnant en essayant un maximum de techniques : souffler, respirer, se concentrer sur un foutu point pour stopper l’emballement, compter de 3 en 3. J’ai assisté à un spectacle de Caroline Vigneaux en me récitant sans arrêt l’alphabet à l’envers, j’avais commis l’erreur impardonnable de m’asseoir en milieu de rangée. La technique alphabétique n’a évidemment pas marché, je n’ai rien écouté du spectacle, et j’ai fini par escalader les sièges vides à l’arrière pour m’auto exfiltrer (technique du bourrin).

La meilleure technique, celle qui a le mieux fonctionné, c’était de marcher 40 minutes le matin avant de partir au boulot. Faut avoir du temps devant soi …

J’ai aussi compris qu’il fallait composer avec une hypersensibilité accrue. Un éléphant abattu par un abruti de braconnier au Congo et j’étais dévastée comme si je connaissais personnellement l’éléphant, pensez donc, un presque ami d’enfance avec qui nous jouiions dans le Tanganyka … Autant dire que le boulot est devenu difficile et qu’il a fallu éviter les infos et les réseaux sociaux. Et je ne vous raconte pas le niveau de réaction au dérèglement climatique, à la montée de la ploutocratie et du fascisme, aux virus planétaires, et autres joyeusetés annonciatrices de la fin du monde …

Quelques mois se sont écoulés.

Ma fucking ennemie auto-fabriquée auto-alimentée était bien plus forte qu’un personnage de dessin animé contorsionniste. Au bout d’un moment, j’ai du me rendre à l’évidence :

Mes techniques ne marchaient pas.

Et quand bien même il n’y avait plus aucune raison de déclencher des crises, ça ne changeait plus rien.

Entre les crises, les périodes de latence n’étaient plus du tout apaisantes, il n’y avait plus que de la tension, et surtout, comble du truc injuste, la tension de l’attente de la prochaine crise. L’angoisse de l’angoisse. Mais quel insoluble foutoir !

C’est là que la guerre est devenue totale.

L’angoisse a pris ses quartiers permanents, elle a tout envahi, du matin au soir.

La nuit aussi. Les crises de panique nocturnes, c’est quelque chose. C’est très différent d’un cauchemar dont tu peines à sortir, c’est tellement au-dessus. Ou alors, ce serait un cauchemar de niveau stratosphérique, avec les manifestations physiques en prime, et un cauchemar sans fin puisque le réveil ne résout rien.

Pour qui n’a pas fait ces fameuses crises d’angoisse, c’est sûrement difficile à comprendre et à mesurer.

Mentalement c’est un état de peur constant et usant, qui de temps en temps bascule dans la panique intense. Le cerveau est en surchauffe, il envoie des faux messages, le risque de mort est un faux message, de même que l’impression de faire une crise cardiaque, ou d’étouffer. Mais on a beau se dire raisonnablement qu’on ne risque absolument rien dans un fauteuil massant la tête dans le bac à shampoing chez sa coiffeuse, rien n’y fait. C’est incontrôlable et c’est irrationnel.

Physiquement (c’est là la perversité de l’affaire), les symptômes, eux, sont vrais : le cœur serré dans un poing, les jambes en coton, les nœuds dans le ventre, les fourmis dans la tête, le cœur qui bat la chamade, la nausée, les vertiges, la respiration courte. Preuve ultime que ce n’est pas du chiqué, vous concéderez que la diarrhée, ce n’est pas imaginaire.

J’aimerais bien qu’on puisse vraiment expliquer tout ça avec des mots, pour tous ceux qui pensent que « c’est pas bien grave » et qu’il suffit de faire de la zumba ou du pilates. Dommage que ce soit si difficile d’écrire la souffrance, surtout la souffrance psychique. Imaginez si on y arrivait : on n’aurait plus de crétins validistes, seulement des gens qui comprennent et qui partagent.

Si on devait non pas l’écrire mais l’illustrer, ce serait assurément avec des boules. Bizarre hein, on a envie de dégainer des formes anguleuses irritantes, mais non. Avoir les boules, la boule au ventre, perdre la boule, ce sont clairement des boules qu’il faut dessiner.

Moi, le bout de mon cerveau en mode yolo qui fabrique les angoisses dans un recoin de ma tête, je le vois comme Taz, le diable de tasmanie, planqué dans son bush, qui tout à coup se met en boule, pour débarquer en mode tourbillon de l’extrême avec son air con.

Il me faut finir cette histoire bien trop longue.

A bout de techniques et me voyant très mal barrée, j’ai pris rendez-vous avec une psychiatre. A l’époque ça existait encore (clin d’œil ironique à la maladie mentale, grande cause nationale 2025 et 2026 … mais sans psychiatres …).

Elle m’a sauvée. Elle m’a expliqué qu’à ce stade je ne m’en sortirais pas sans médicament, plus précisément deux médicaments :

– un anxiolytique pour atténuer les crises, comme un pansement adoucissant mais qui ne guérit pas, à prendre sur une courte durée puis seulement en cas de besoin.

– un antidépresseur pour soigner l’anxiété, qui n’est pas une dépression mais qui peut aussi être traitée, sur le long terme.

Je n’y connais rien, j’explique sûrement mal, mais voilà, ça m’a sauvée. Petit à petit tout s’est calmé, les crises se sont espacées, puis elles ont quasi disparu, l’angoisse de l’angoisse aussi par voie de conséquence (mais où que j’aille, il me faut toujours pouvoir sortir vite, je ne peux pas me coincer dans un fond de salle ou un milieu de rangée, rien à faire).

Ce n’est pas merveilleux, la vulnérabilité demeure, j’ai l’impression qu’il reste une mémoire de l’angoisse, comme un trauma. Il faut rester vigilant, ne pas s’exposer quand ça tente de revenir . Mais peu importe, globalement ça va bien.

Voilà.

Tout ce long billet pour en arriver là :

– L’anxiété, quand elle devient pathologique, c’est une grosse saleté, mais on s’en sort, et il y a des traitements (c’est ce que j’aurais aimé qu’on me dise à l’époque).

– Il faut arrêter de diaboliser les médicaments, ça marche ou pas, je ne dis pas que c’est simple, ce sont des médicaments quoi. C’est idiot de faire des blocages de principe et de ne pas prendre cette aide. Comme si un type qui a une septicémie refusait les antibiotiques.

C’était mon message de service, en tant qu’influenceuse multi-cartes, ventilateurs de plafonds et antidépresseurs.

Prenez soin de vous.

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mollette @mollette@mollette.vivaldi.net
· 8mo ago
Police et Piñata

Ce matin, le ministre de l’Intérieur, ex Préfet de Police de Paris, Laurent Nuñez, a annoncé avoir demandé au Préfet du Haut Rhin de « saisir la justice pour déterminer les responsabilités des protagonistes », dans une affaire de très haute importance qui mérite de mobiliser un ministre, un préfet, des enquêteurs, un procureur, et potentiellement un tribunal judiciaire en guise d’apothéose.

Cette affaire quasi terroriste est en réalité non pas de très haute importance, mais de très haute stupidité : des jeunes étudiants de la Haute Ecole des Arts du Rhin ont créé un évènement (dont on ignore totalement le contexte), au cours duquel ils ont détruit une voiture de police en carton à coups de bâton, sous les rires et les encouragements des étudiants spectateurs.

Le ministre Nunez précise « Commis par des étudiants dans une école publique, ces faits sont d’autant plus choquants. Il ne faut pas laisser passer cette idéologie anti flics. »

Il faut donc comprendre que des faits de nature « idéologique » commis dans une école publique seraient plus graves que s’ils étaient commis au Lycée Stanislas (lol). Le financement par l’argent public serait ainsi une composante de l’indignation nationale, comme si les élèves du public devaient afficher une particulière obéissance idéologique, en contrepartie de leur appropriation de nos impôts, notre sueur, notre sang.

Précision inquiétante, qui décrédibilise à elle seule la mise en scène de l’outrance ministérielle. (Au passage, message aux écoles privés qui vivent toutes des financements publics : rendez l’argent !)

Mais revenons à la pinata de la discorde.

1/ Personnellement, n’étant pas informée du contexte et du sens de la chose, j’ai tendance à trouver l’idée idiote. De même que je comprends que les syndicats de police s’en émeuvent. Si on m’apprenait qu’on a trouvé comique de taper avec une batte de baseball sur une sculpture d’avocat en pâte à sel, je serais chonchon renfrognée. Là n’est pas la question.

Mais le Ministre ?!

Il peut déplorer s’il le veut, mais par pitié, qu’il laisse la justice, les étudiants, et cette école tranquilles.

Où est l’infraction ? Quelle est la qualification juridique des faits ? Doit-on désormais, quand on est élu politique ou représentant de l’Etat, réagir systématiquement dans le registre émotionnel, ou dans le registre de la communication et se comporter comme une lessive en campagne publicitaire ?

A-t-on encore le droit en France d’avoir des idéologies, anti viande, anti droite, anti gauche, anti-avocats, anti flics, antifa, anti tout, de les mettre en chansons, en symboles en carton, en pinata, en ce qu’on veut, y compris en sculptures de mauvais goût, dès lors qu’on ne commet aucune violence sur des individus ni même sur le bien d’autrui ? Ce n’est pas interdit que je sache.

Quelqu’un, chez les adultes, se souvient-il encore des carnavals où l’on brûle le roi et la reine, et du caractère hautement utile de la transgression symbolique qui permet d’exprimer la colère, et évite le désagrément d’avoir à tuer pour de bon des flics ou des rois tous les ans.

Autrement dit, de quel droit interdirait-on l’idéologie à ces étudiants ?

Que l’on soit étudiant ou ministre, jeune ou vieux, intelligent ou chroniqueur sur CNews, nous avons tous le droit d’avoir des positions idéologiques.

On a aussi le droit le plus absolu de ne pas aimer les flics, c’est vieux comme Mathusalem, ce n’est pas près de s’arrêter et heureusement, c’est une composante du rapport à l’autorité.

En revanche, la seule idéologie qui devrait être farouchement combattue, car celle-ci est interdite, c’est l’idéologie qui s’infiltre dans les institutions de l’Etat.

Les individus peuvent avoir des idéologies, pas les institutions publiques.

Raison pour laquelle un ministre de l’Intérieur devrait traiter comme des problèmes de très haute importance les études qui montrent que la Police est noyautée par l’extrême droite, ou que les contrôles au faciès sont plus que jamais pratiqués, ou encore que des collectifs de policiers montent des groupes whatsapp pour diffuser des propos racistes et inciter à la haine raciale au sein du cercle professionnel.

Ça, ce sont des idéologies illégales, qui imposent de saisir la justice « pour déterminer les responsabilités de chacun des protagonistes ».

2/ Mais surtout, on aimerait tellement que le Ministre soit choqué au point de se poser les questions qui s’imposent comme un éléphant au milieu de la figure :

Pourquoi les étudiants d’une école d’art ont-ils eu cette idée ? Pourquoi des pans entiers de la population ont-ils envie d’applaudir ? Pourquoi les gens détestent ils la police à ce point de quasi non-retour ?

Pas un de vous, Messieurs les ministres de l’Intérieur qui vous succédez sur le poste, n’abordez la seule question qui vaille : Pourquoi ?

Pourquoi par exemple une personne comme moi, parfaitement insérée, blanche, mûre (j’ai pas dit vieille !), non délinquante, sans problème apparent, a-t-elle un réflexe automatique et irrépressible de peur quand elle croise des policiers dans la rue ?

C’est tout de même un sérieux problème qui mérite d’y réfléchir.

Mais ne nous emballons pas.

L’humeur du moment n’est pas à se poser des questions.

Le Ministre veut des coupables de lèse-police par usage de pinata, tandis que de nombreux élus défilent aujourd’hui même avec les policiers en manif contre le laxisme de la justice. Cette même semaine, d’autres élus ont imaginé de promouvoir une proposition de loi de présomption de légitime défense au profit de la police. C’est beau tous ces élus qui participent collectivement à une nouvelle idéologie à la mode : dégommer l’état de droit et la séparation des pouvoirs.

Comme si nous n’avions pas sous les yeux, pile poil en ce moment, des exemples glaçants de dérives de polices en roue libre dans le monde ?

3/ Enfin, ce sera le dernier constat que je tire de cette affaire ridicule, j’observe qu’on s’en prend encore aux étudiants, et sur un plan général aux jeunes.

Vous n’en avez pas marre, les adultes, de les emmerder à longueur de temps.

Ils sont par nature redevables, ils doivent toujours quelque chose à leurs aînés, à la nation, à tout le monde. Ils sont disqualifiés en permanence : nuls, ignorants, paresseux, ingrats, abrutis par les écrans. On les veut intelligents mais attention, il ne faut pas qu’ils pensent, ils seraient fichus de devenir fous furieux et de taper sur des voitures de police en carton dites donc.

On les fout en garde à vue quand ils manifestent, on leur pourrit le parcours scolaire et universitaire faute de moyens, on passe notre temps à leur parler de la retraite qu’ils n’auront pas, du monde en déclin dont ils subiront la fin, de la guerre qu’on leur promet un jour ou l’autre.

Puis on déplore qu’ils ne veuillent plus faire d’enfants (des enfants non bruyants bien-sûr) pour faire tenir encore un peu plus longtemps le système en place. On vous l’avait dit, ce sont des ingrats !

Eh bien … FUCK, a-t-on furieusement envie de dire avec eux, à coups de bâtons dans une pinata.

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mollette @mollette@mollette.vivaldi.net
· 8mo ago
Rendez nous le sens du ridicule !

Je suis fascinée, vraiment, par les gens qui n’ont pas de surmoi et qui peuvent étaler leur sottise et leurs ridicules, sans ressentir la moindre gêne, avec la fierté du petit enfant qui a peint une tache jaune délavée en forme de crotte et la montre à tout le monde en proclamant que c’est un lion qui court dans la savane.

Le petit chef médiocre qui ennuie tout le monde avec ses vantardises, le pseudo scientifique qui s’invente un titre et s’approprie le travail des autres, le toutologue qui court les medias pour servir de bouche-trou sans avoir la moindre connaissance des sujets abordés, l’intellectuel périmé qui débite ses analyses insignifiantes sans se rabougrir sur son siège quand il est confronté à une contradiction implacable … il y en a tant.

Ces gens n’ont honte de rien. Ils prennent les sourires pour des encouragements. Ils sont imperméables à l’ironie, aux moqueries, au doute, et indifférents à la vérité. Ils se soutiennent entre eux. Ils ont parfois les moyens de s’entourer de courtisans suceurs qui recouvrent les dissonances de leur salive. Ils ne voient que ce qu’ils veulent bien voir.

Que la vie doit être confortable pour ces personnes !

Personnellement, je porte encore les croix de mes innombrables instants de malaise qui ne se dissipent jamais. J’aimerais rejouer les scènes ratées pour être moins nulle que je ne l’ai été sur le moment. La honte reste toujours aussi cuisante avec le temps. Il y a des camions d’exemples, ça commence dès l’enfance et ça se déploie tout au long de la vie. Les fois où j’ai menti et je me suis fait gauler. Les fois où j’ai voulu compenser ma médiocrité par de l’humour qui est tombé à plat. Toutes les fois où j’ai été empotée, à côté de la plaque, ignorante, incapable de me mettre au diapason de l’humeur d’un groupe. Toutes les fois où j’aurais pu envoyer une réponse bien sentie qui ne m’est venue que le lendemain. Etc. Ad libitum et ad nauseam … J’ai le surmoi aussi envahissant qu’un bouton d’acné après l’adolescence.

Alors vous pensez bien que j’envie un peu ceux qui restent inébranlables en toutes circonstances, contents d’eux et fiers de leur bêtise.

Mais les temps changent.

Les amputés du surmoi se sont multipliés au point que cela devient gênant.

Comme si on assistait à un déstockage massif, un lâcher de Tartarins, mais pas les mêmes qu’avant, des spécimens augmentés, insupportables et de plus en plus dangereux, comme des frelons asiatiques mutants.

Il me semble que tout a commencé avec les réseaux sociaux. On a vu débarquer des bandes de pingouins prétentieux, rivalisant de bêtise, prêts à tout pour décrocher la palme du roi des cons.

Puis il y a eu les chaînes d’information en continu, des heures et des heures de vide à remplir. On a laissé se déverser des armées de pantins se donnant de l’importance en débitant des torrents de superficialité et d’approximations. On a ouvert un PMU géant.

Il est devenu habituel donc tolérable de voir des gens médiocres, paresseux, ignorants. Pris en flagrant délit de bêtise, en train de mentir, ou de se contredire, ou de se tromper grossièrement, sans que cela n’engage à rien.

Désormais les ridicules se succèdent trop vite, ils se mondialisent, et ça n’imprime plus. Quelques jours, parfois quelques heures de moqueries, des petites indignations sans conséquence, sans comptes à rendre. La mode de la démission honteuse est passée, le profil bas n’est pas instagrammable. Ceux qui ont failli restent en poste, restent dans le poste, plus arrogants que jamais. La mémoire collective est devenue très courte.

Depuis quelques mois, le niveau monte.

Un ancien Président de la République écrit un livre après 20 jours de détention en se comparant à Dreyfus. C’est d’une stupidité sans nom, c’est littéralement risible, mais il entame une tournée triomphatrice pour le dédicacer.

Un ancien Ministre de l’Education Nationale se vante d’écrire des chansons, qu’il vient présenter dans les médias alors que les paroles sont pompées sur un poème de Rimbaud et la voix modifiée par IA.

Le président corrompu d’une fédération sportive invente un prix de la paix du football pour le décerner en grande pompe à un Chef d’état voyou.

Ledit Chef d’Etat voyou relève par ailleurs chaque jour un peu plus le niveau du What the fuck planétaire.

Le monde entier devrait se moquer de ces zozos, les noyer sous les quolibets et les expulser d’une pichenette. A dégager. Game over. Next.

Nous devrions en rire, mais nous rions de moins en moins.

Des foules se massent autour des zozos pour les défendre, les flatter, les applaudir, normaliser leurs âneries, en redemander davantage. Les courtisans suceurs de glands se bousculent au portillon. La majorité silencieuse commence à prendre peur. Les gens capables de développer une pensée complexe arrivent trop tard, on ne les invite même plus, et ils sont inaudibles dans le PMU de l’Enfer.

C’est insensé.

Il faut réhabiliter le sens du ridicule.

On dit que le ridicule ne tue pas. C’est bien ça le problème. A ce stade, nous pourrions très bien supporter que le ridicule tue quand il est porté à un tel niveau. Un foudroiement immédiat, couic, finito le culbuto.

En attendant, nous aimerions au moins que le ridicule continue à faire rire et qu’il ne fasse plus peur.

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