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Violence politique, Barbara Butch, oppressions
À quel point, et j'en reviens ici à une question éthique, est-il légitime de ne s'attaquer qu'à la personne déjà la plus vulnérable (au sens où elle ne possède aucun des privilèges de ses co-signataires) parmi les signataires de la tribune ? Et cette agression, plutôt que tout autre, n'est-elle pas dans une certaine mesure la conséquence qu'avec elle, parce qu'elle est juive, et queer, et femme et grosse, c'est possible de le faire, alors que c'est impossible avec un autre ? Ces oppressions (sexisme, grossophobie, lesbophobie, antisémitisme) sont systémiques, c'est-à-dire qu'elles agissent sur nous sans que nous les conscientisions nécessairement. Le fait qu'elle soit agressée et personne d'autre devrait nous poser question, ici et pour toute autre action violente d'ailleurs. En d'autres termes, la violence me semble légitime (disons acceptable) dans la mesure où elle s'adresse au pouvoir.
C'est d'ailleurs ce qui différencie à mes yeux cette action de celle des "casseurs" (et/ou de celles et ceux qui s'attaquent à la police) en manifestation. Il ne s'agit pas d'actions "de débiles" pour reprendre des termes que j'ai lus. Il s'agit, dans les deux cas, de violence politique. Dans le cas des casseurs, cette violence s'adresse à la domination. Celle du capitalisme (à travers les groupes qui possèdent les panneaux publicitaires des abribus, envers les banques, les grands groupes, ou la force de répression de l'État, c'est-à-dire la police). Cette action a une portée symbolique : celle de montrer qu'il y a une résistance possible face à la domination (capitaliste et étatiste). Dans le cas de BB, à qui s'attaque-t-on ? Il ne s'agit pas d'une figure de soutien au gouvernement de Netanyahu par exemple. On en revient à la question de l'efficacité : quelle efficacité a une action qui vise cette personne ? Que dit-elle ? Que nous sommes capables de nous opposer à des artistes femmes, racisées, queer, et grosses ? Le fait de s'attaquer à cette personne ne dit rien de notre capacité à nous opposer au pouvoir ou à l'oppression.
Voilà pourquoi elle me pose profondément problème : elle vise une personne victime de plusieurs systèmes de domination (je n'entre pas dans les questions intersectionnelle, ce thread est assez long comme ça mais elles sont présentes), qui a déjà exprimé son opposition du système qu'on cherche à atteindre à travers elle ; c'est aussi une action inefficace, qui n'avance à rien dans la lutte contre le pouvoir. Je ne dis pas qu'il n'y a pas de discussion à avoir, que le fait de signer la tribune est sans conséquence, mais il me semble qu'il faut savoir quelles sont les modes d'actions appropriés selon les problématiques qu'on rencontre. Ici, pour dénoncer cette tribune, il me semble que faire une action très médiatisée, pas nécessairement violente d'ailleurs, contre un signataire de l'autre côté des dominations (et il y en a) aurait été beaucoup plus pertinent.
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