Soutien félin actif à la soirée de correction de copies en mode bouillotte ronronnante.
Ameimse
Enseignante-chercheuse. Égarée dans une université.
Entre Droit, Histoire et Littératures de l'imaginaire.
Je parle de lectures, d'écriture, d'enseignement, d'un peu de recherche, de paysages, le tout avec un chat envahissant.
#ESR #HistoireDuDroit #AcademicMom #SFFF
PP : Une photo de face de Daria Morgendorffer.
Image d'en-tête : Une photo d'un village de la montagne ardéchoise, avec des fleurs roses au premier plan et des éoliennes qui se détachent dans le ciel bleu.
Un printemps suspendu pour quelques heures aujourd'hui au rythme des flocons qui tombent.
#VendrediLecture "Un pieu à soi. Virginia Woolf regarde Buffy", d'Ivan Berquiez.
Mars 1941, alors qu'elle s'apprête à se donner la mort, Virginia Woolf trouve au bord de la rivière un objet qu'elle appelle "miroir" contenant l'intégralité de la série 'Buffy contre les vampires'. Le ramassant, elle regagne son domicile.
C'est le point de départ d'un texte entre roman uchronique et essai, dont la structure suit celle des sept saisons de 'Buffy' vues au prisme du regard fictionnel de Virginia Woolf. Les thématiques identifiées dans chaque saison croisent ainsi diverses informations biographiques et extraits d'oeuvres de l'autrice. On suit l'évolution de Virginia Woolf au contact d'un visionnage dont l'expérience n'est pas une progression linéaire.
Le concept imaginé permet à Ivan Berquiez d'aborder, en explorant les possibles de la littérature, des thématiques politiques contemporaines. Si le thème de la santé mentale, de la dépression, est central, ce texte foisonnant parle aussi d'écriture et de la puissance des récits, d'amours lesbiens invisibilisés et de féminisme, de violences sexuelles et du patriarcat, de deuil et du poids que peut faire peser l'actualité d'une guerre omniprésente en toile de fond.
Un roman-essai, porté par une belle plume, plein de sensibilité, de tendresse, de déchirement aussi, dont la lecture m'a touchée. (Tout cela a sans doute été renforcé par la nostalgie qu'a pu réveiller chez moi la mention de certains passages marquants/traumatisants de 'Buffy'.)
#VendrediLecture "Model Home" de Rivers Solomon (trad. par Francis Guévremont).
Un roman dans lequel l'auteurice emprunte habilement aux codes de l'horreur - à travers la figure emblématique de la maison hantée - pour raconter l'histoire d'une famille noire s'étant établie dans le sud des États-Unis.
Mettant en lumière l'héritage raciste du pays, les formes de ségrégation qui perdurent et les violences, historiques et actuelles, qui s'y déploient, Rivers Solomon parle des façons dont elles continuent de structurer celleux qui y vivent toujours comme celleux qui ont tenté d'en partir.
C'est un récit brut et intime qui se lit d'une traite. Une histoire de survie, envers et contre toustes, dans laquelle l'auteurice capture avec beaucoup de sensibilité et de justesse les dynamiques relationnelles et sociales à l'oeuvre, et ce dans toute leur complexité.
Bref, encore un roman de Rivers Solomon qui m'aura marquée !
Cette semaine, un #VendrediLecture que j'attendais avec une certaine impatience depuis plusieurs années, le tome 4 des Rhéteurs : "Landor", d'Isabelle Bauthian.
Cette fois, l'autrice introduit dans son univers de fantasy les codes d'une enquête à huis clos - qu'il s'agit de résoudre dans un temps limité. L'enjeu narratif n'est cependant pas la découverte de l'éventuel·le coupable, mais repose sur la montée des tensions et la multiplication des confrontations que l'existence même de l'investigation provoque. Porté par un tel cadre, le roman se lit d'une traite (j'en ai dépassé l'heure raisonnable du coucher hier soir).
Adoptant le même schéma que les précédents tomes, l'histoire est racontée à partir du point de vue d'une personnage qui va voir ses certitudes être ébranlées par les événements. Sont progressivement mis en lumière les biais et autres angles morts qui nourrissent ses représentations et la manière dont elle analyse la situation. Tout cela au fil de joutes oratoires et autres affrontements rhétoriques, posant différents questionnements éthiques et politiques, qui caractérisent ces romans.
Il faut noter que 'Landor' constitue une étape importante dans la progression globale de l'histoire des Rhéteurs : tout est en place pour le dernier tome lorsqu'on referme le livre. Je lis beaucoup moins de fantasy au long cours qu'il y a 10 ans, mais j'ai retrouvé l'univers avec plaisir (malgré ma mémoire parfois défaillante) et je suis contente qu'il reste encore un tome :)
(Ré-)Écoute de la pause déjeuner pour un cours de demain : "Colonie pénitentiaire de Belle-Île-en-Mer, le "bagne des enfants"", avec Véronique Blanchard et Julien Hillion : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-cours-de-l-histoire/colonie-penitentiaire-de-belle-ile-en-mer-le-bagne-des-enfants-3704957 L'émission revient sur l'histoire de la justice des mineur·es depuis le XIXe siècle, et notamment sur les colonies pénitentiaires mises en place.
On y entend notamment un extrait de l'interprétation par Marianne Oswald de la "Chasse à l'enfant" de Jacques Prévert. À chaque écoute, j'en ai des frissons : https://www.youtube.com/watch?v=bfDjDpjDSmg (Je vais commencer le cours par là, même si je repartirai ensuite de 1791.)
Un extrait du poème :
"Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
C'est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l'enfant
Pour chasser l'enfant pas besoin de permis
Tous les braves gens s'y sont mis
Qu'est-ce qui nage dans la nuit
Quels sont ces éclairs ces bruits
C'est un enfant qui s'enfuit
On tire sur lui à coups de fusil
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Tous ces messieurs sur le rivage
Sont bredouilles et verts de rage
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Rejoindras-tu le continent rejoindras-tu le
continent !
Au-dessus de l'île on voit des oiseaux
Tout autour de l'île il y a de l'eau."

