Jean Mibus
Esthète en l'air
Le plus casse-gueule dans la catégorie du feel-good movie, ou comédie sympa, c'est le concept original pitchable qui marche à tous les coups. Parce qu'après il faut le tenir, et soit le film dévie de sa trajectoire, soit l'effet garanti retombe comme un soufflé. C'est le cas de "La poupée" de Sophie Beaulieu, qui reste un peu le cul entre deux chaises à capter l'air du temps sans convaincre. Malgré des précautions pour éviter de ridiculiser son personnage principal, je reste trop loin.
Ça date de 2004 "Le petit lieutenant" de Xavier Beauvois, diffusé hier en hommage à Nathalie Baye qui insistait pour faire ami-ami avec mon regretté pote Réginald qui fait le vigneron. Seront partis la même année ces deux là. Le film date de cette époque où l'auteur était esthète et le cinéma de Beauvois posait des impressions sentimentales sur le quotidien flic, quand la société n'était pas dépendante des algorithmes, que les gens se reniflaient encore, qu'il s'agissait d'être avant de composer
Matt Dillon est excellent, ses partenaires tout autant, la lumière et les cadres ont de la gueule, les incursions de Tindersticks sont bien dosées mais Claire Denis montre gravement ses limites en adaptant "Le combat de nègre et de chien", pièce de théâtre de Bernard-Marie Koltès qui, sur écran, se perd et se fourvoie en une dystopie qui laisse trop de questions en suspens. La scène captive par tout l'espace-temps qu'elle condense, le cinéma par le off permanent, ici bêtement rendu, finalement.
C'est formidable "L'enfer", film de Claude Chabrol, datant de 1994, ça m'a fait penser au "Shining" de Kubrick, et même par moment à du Lynch, et en mieux, avec des respirations, des moments de comédie inattendus, le personnage de Cluzet n'est pas enfermé dans sa pathologie qui pourrait le mener à tuer, non, il gâche sa vie et celle des siens, et Emmanuelle Béart est la plus belle femme du monde, candide et victime. Chabrol use d'effets simples et préserve un fond de comédie de situation. Super!
À partir du terrible triptyque propagandiste et oxymorique de George Orwell dans "1984"; "La guerre c'est la paix, la liberté c'est l'esclavage, et l'ignorance c'est la force", Raoul Peck tisse un documentaire en exégète du livre ainsi qu'en contempteur des dérives du monde actuel par les innombrables entorses à la démocratie avec lesquelles s'arrangent des démagogues, tel Trump, ou Poutine, pour s'emparer de tous les pouvoirs chez eux sans qu'aucun autre but n'apparaisse, et c'est là la faille.
"La guerre des prix" c'est "La loi du marché" version glamour. Sinon, même pénible logique du gain comptable appliqué à tous les domaines de l'existence excepté l'amour, ici décliné sous l'aspect éthique de celui qui unit un frère et une sœur. À part ça, des acteurs monomaniaques au bord de la caricature dans des scènes un peu grosses comme des vacheries gratuites. Bref, ça ne marche qu'à la fin, quand le titre apparaît. Il aurait fallu condenser tout le développement dans un premier acte en fai
Un film de 3h15 qui passe aussi vite, ça veut dire qu'il y a matière en mouvement perpétuel, des rebonds incessants, une dramaturgie qui va de l'avant, comme les "âmes fuyantes" des "Rayons et les ombres" de Xavier Giannolli. Pas de répit dans la narration donc, mais une sorte de neutralité mise en spectacle ; celle du scénario qui n'appuie pas là où ça pourrait faire mal, et celle du personnage joué par Dujardin, qui reste coi malgré ses doutes, parfois naïf et résolument corrompu. Donc coupabl
Comme j'avais déjà vu "L'avenir" de Mia Hansen-Love, hier soir j'ai regardé "La vie domestique" d'Isabelle Czajka, et j'étais heureux d'admirer Emmanuelle Devos très jolie, et Julie Ferrier aussi, même si elle se dévalorise toute seule, et encore Natacha Régnier, enceinte, figée dans son bonheur. Bon ! Il y a une critique assez fine de l'approche moderne économique du monde mais pas grand chose pour relever la tête, ça date de 2013, la déferlante woke n'avait pas encore sévi, sinon je l'aurais v
Ce qui est bien dans "Razzia sur la schnouf" que j'ai vu hier, c'est qu'on ne comprend absolument rien à ce qu'ils disent, et comme par ailleurs ils sont très statiques et semblent, par leur dialogue, s'échanger des informations essentielles sur un traffic de drogue, par grommellements et galimatias successifs, leur jeu apparaît comme une sorte de concours d'autorité par le son le plus fort que sera capable d'émettre celui qui arrivera à passer au dessus des autres dans un brouhaha permanent.
Dans "Victoria" de Justine Triet il y a cette toile de fond judiciaire qui fera le théâtre d'"Anatomie d'une chute", mais là, beaucoup plus relâchée, le sujet étant centré sur le personnage joué par Virginie Efira, en pleine phase névrotique entre lâcher prise et obsession professionnelle. Cela donne un film à la fois tendre et fou, très dans un rythme feel good mais trimballant une inquiétude tenace, témoins le psy, la cartomancienne, le médecin parallèle, et les amis qu'elle interroge sans...
Second film de Victor Erice dont j'ai beaucoup apprécié "Fermer les yeux", "Le sud" date de 1983 et place son récit vers la fin des années 50 dans l'Espagne franquiste. Une enfant découvre son père, sourcier et devin maniant un pendule, et plus elle s'intéresse à lui, plus il apparaît secret et introverti, cela semblant entrer en résonance avec la compréhension du monde hermétique dans lequel cette enfant grandit. Le rêve d'un sud coloré et pittoresque contraste avec une situation grave et pesan